Xavier Rigaut, Psycho-sociologue
Quand l’accélération permanente nous donne le vertige…
On se demande parfois si on ne ferait pas mieux de ralentir ? Peut-être en effet.
Mais imagine-t-on vraiment demander à un urgentiste, à un pompier, à un plombier, un chauffagiste… de ralentir ?
Et qui peut prétendre ralentir, à lui seul ou elle seule, le rythme fou de l’économie mondiale ou les vents à 150km/h des tempêtes qui nous bousculent ?

Le Philosophe et Sociologue Hartmut Rosa nous invite à regarder avec lucidité, le monde accéléré qui est le nôtre et nous propose quelques clés pour retrouver de vrais repères au cœur de la vraie vie.
Le diagnostique d’Hartmut Rosa : l’accélération jusqu’à l’aliénation !
Pour Hartmut Rosa, les sociétés modernes se sont condamnées à constamment innover pour aller toujours plus vite, toujours plus loin… Jusqu’à se couper du réel, jusqu’à l’aliénation.
Mais parvient-on pour autant à changer les choses ?
Avons-nous le sentiment d’évoluer dans “le bon sens” ?
Pensons-nous encore que demain sera meilleur qu’hier et qu’aujourd’hui ?
Avec Hartmut ROSA, avouons que non ! Nous allons plus vite, mais pas mieux.
Nous vivons une accélération sociale multiformes :
L’accélération technique : avec les moyens de déplacement et de communication qui rendent nos actions plus rapides.
L’accélération du rythme de vie : nous avons de plus en plus le sentiment de manquer de temps, ce qui nous pousse à effectuer plusieurs tâches simultanément.
Les modes de communication, les expressions, les langages sociaux évoluent rapidement au risque de ne plus se comprendre.
Les modes : les tendances vestimentaires, alimentaires et culturelles changent à un rythme accéléré.
Les styles de vie : les façons de vivre et les habitudes des individus se transforment plus vite qu’auparavant.
Nos expériences de vie sont plus stressantes et fragmentées, au travail comme dans la vie.
La famille : Les structures familiales évoluent rapidement, avec des changements dans les rôles et les dynamiques familiales. Les traditions familiales, comme le travail transmis de génération en génération, sont de moins en moins courantes.
Le travail : Les individus changent de profession plusieurs fois au cours de leur vie. Il y a une pression accrue pour être performant et compétitif, ce qui peut mener à des niveaux de stress plus élevés.
Ces changements rapides dans la famille et le travail affectent profondément la stabilité et la continuité des expériences de vie.

Nos sociétés sont en perpétuelle tension
Agressivité accrue : L’accélération conduit à un état d’agressivité qui se manifeste avec de plus en plus de violence(s), contre les autres, soi-même et contre l’environnement…
Aliénation et déconnexion : La vitesse excessive produit de l’aliénation et nous rend comme incapables de nous connecter aux autres et à notre environnement.
Perte du sens du mouvement : Depuis les années 2000, il y a une perte du sentiment d’aller de l’avant, d’aller vers un avenir meilleur, ce qui provoque et amplifie une crise sociétale.
Pression constante : Nous vivons sous la pression constante de devoir produire et consommer davantage, même lorsque les besoins matériels sont déjà satisfaits.
Crises multiples : La logique de l’accélération a exacerbé des crises telles que la crise climatique, les tensions géopolitiques, et les crises sanitaires comme la pandémie de COVID-19.
Pour s’en sortir : entrer en résonance !
Et si, le temps de quelques temps morts, on réapprenait à vivre de vrais temps forts, à savourer le monde vivant qui nous entoure.
Se reconnecter à soi-même, se reconnecter au réel, aux autres, à l’environnement, à ce qui nous surprend, nous ressource et nous réconforte vraiment.
Se lever une minute toutes les heures, en se souvenant qu’on a un dos à détendre ou débloquer, des muscles à faire bouger et des pieds pour marcher, pour monter l’escalier…
Prendre le temps d’aller se remplir un verre d’eau, de se réhydrater et de se rafraîchir les idées…
Manger deux amandes chargées de magnésium ou une clémentine riche en vitamines…
Regarder dehors, la lumière, l’oiseau ou le vent qui passent et la vue différente d’hier…
Partager ces moments volés avec celles et ceux qui nous entourent.
Voilà, au cœur du quotidien, l’essence du concept de Résonance que propose Hartmut Rosa pour répondre à l’accélération.
Être disponible à soi, aux autres et à l’environnement, au moins l’espace de quelques instants, régulièrement
S’ouvrir au monde qui nous entoure et se laisser toucher par l’inattendu
Retrouver la saveur des moments simples et le vrai goût de la vraie vie
Ensemble…
Prendre le temps d’interagir, d’échanger et partager sur les intentions, préoccupations de chacune et de chacun, au fil des jours et au début de chaque journée…
Apprendre à se comprendre, à conjuguer et s’enrichir des différences
Se donner des repères collectifs et des codes communs au-delà des modes de fonctionnement personnels • Développer des liens de solidarité par l’attention portés aux uns et aux autres
Développer des liens de solidarité par l’attention portés aux uns et aux autres
S’attacher à être source de décompression plus que de pression
Savoir faire des breaks pour vivre ensemble des moments simples
Lever la tête, sortir prendre l’air, être et se sentir solidaire, plutôt que seul(e) au monde devant ses tâches et ses défis
Dans l’élan et l’esprit du concept de Résonance d’Hartmut Rosa…
Réveiller en nous l’énergie naturelle qui nous anime et, entre nous, l’énergie sociale qui nous relie au monde où progresser ensemble.
Après cette brève pause philosophique, vous pouvez reprendre une activité normale, ou, avec vos collègues ou proches, debout près de la fenêtre, manger 3 amandes, une clémentine, avec un verre d’eau en regardant les oiseaux… Bons temps morts et bons temps forts !