ACCOMPAGNER LES ENTREPRISES PENDANT LA CRISE DU COVID-19

JDV : Comment s’est passée la crise du Coronavirus dans les entreprises que vous accompagnez ?

E.L. : La situation a évolué et changé au jour le jour. Au moment du confinement une partie des entreprises a dû cesser toute activité. Une autre partie s’est mise en PCA (Plan de Continuation d’Activité). Mais souvent le fonctionnement s’est fait en mode dégradé. Manque d’effectifs, pression, anxiété… Il a fallu mettre en place dans ces entreprises toutes les mesures de protection sanitaire pour que les équipes puissent venir travailler : 

Prioriser le télétravail, ne plus se toucher, respecter une distance d’un mètre lors d’un dialogue… Mais également être dans la prévention individuelle en identifiant les personnes les plus vulnérables et en risque élevé, ainsi que les personnes malades pour les protéger.

Ces mesures sont d’ailleurs toujours les mêmes aujourd’hui et cela va se prolonger plusieurs semaines, mois, voire années.

JDV : Dans quel état d’esprit se trouvaient les dirigeants, patrons, managers ?

E.L. : Il y avait surtout beaucoup de questions pour lesquelles ils n’avaient pas de réponses. Des questions sur les risques d’exposition, pour eux-mêmes y compris… Des informations qu’ils ne trouvaient pas sur les PCA à mettre en place. Des questions sur les solutions et moyens pour protéger et sauvegarder l’entreprise. On ressent toujours un sentiment de manque de clarté. Par exemple sur les pathologies à risque très répandues, comme l’hypertension ou l’asthme…

Doit-on demander aux salariés de rester chez eux lorsqu’ils en souffrent ? Tous ont à cœur de protéger leurs équipes et de prendre soin de chacun.

Globalement c’est une situation inédite et forcément très anxiogène. Les responsables des ressources humaines témoignent d’une grande fatigue et du sentiment d’être débordés. Ils ont tous besoin d’échanger pour être rassurés et obtenir des réponses.

JDV : Cette crise réaffirme-t-elle votre mission d’accompagnement à leurs côtés ?

E.L. : Oui, le relationnel n’est plus le même. Notre image est souvent associée au réglementaire. Cette situation particulière nous permet de renforcer nos rôles de conseil et surtout de prévention. Humainement, la bienveillance et la solidarité sont de mise. Il faut également coupler le côté économique et le côté sanitaire. On nous demande des conseils y compris personnels. Ce sont des réponses à donner pour la prévention au travail et via le travail. Et très souvent les personnes que nous accompagnons nous remercient de les aider et du soutien que nous leur apportons en ce moment.

C’est aussi un moment où beaucoup nous redécouvrent dans notre capacité à être à leurs côtés et à les accompagner dans cette période de crise.

JDV : Qu’est-ce qu’est en train de changer cette crise sanitaire dans votre mission ?

E.L. : Nous sommes nous aussi un maillon dans la chaîne mise en place pour arrêter cette pandémie. On se sent utiles nous aussi dans l’action comme dans la prévention. Bien réalisée, cette prévention permettra d’éviter des contaminations et donc des morts. C’est là qu’est notre rôle !

On a bien sûr, chaque Médecin du Travail, des manières différentes d’accompagner mais au final, nous nous retrouvons tous sur notre rôle de préventeur. Ce qui change aussi, c’est la communication entre nos équipes, nos échanges constructifs sur nos cas difficiles. Je n’ai jamais autant parlé et échangé avec mes collègues. Nous sommes en télétravail. Le contexte de confinement n’est pas simple.

Mais les technologies nous montrent actuellement la possibilité de travailler autrement, nous voir, nous parler. C’est une autre relation aujourd’hui pleine de solidarité. Ça me donne envie d’utiliser d’autres moyens et d’autres outils. Garder le lien social est prioritaire. Apprendre à travailler autrement.