Maria R., Coiffeuse

JDV : Depuis combien de temps êtes-vous coiffeuse ?

M.R. : J’ai commencé la coiffure en 1988 en apprentissage, j’ai travaillé dans diverses enseignes de la coiffure, indépendantes ou non, pendant 20 ans. Il y a 7 ans je me suis installée à mon compte en rachetant un salon de coiffure qui était à vendre. J’ai tout d’abord débuté seule, quelques mois plus tard une autre coiffeuse m’a rejoint. Aujourd’hui, nous sommes 3 au salon, dont une apprentie, qui a souhaité se former en parallèle à l’esthétique.

JDV : Qu’est-ce qui peut vous fragiliser dans ce métier ? Quelles actions de prévention avez-vous mis en place pour vous protéger ?

M.R. : Il y a d’abord un enjeu à savoir se protéger psychologiquement. Comme nous passons près de 60h par semaine à écouter nos client(e)s, nous entendons parler de maladies, de problèmes, de stress, des bobos de la vie… Nous devenons un peu les confidents, les psys. Ce n’est pas forcément évident tous les jours de s’en protéger. Il faut prendre du recul et de la distance. Ensuite c’est un métier dur et fatigant physiquement. Nous sommes très souvent debout. J’ai donc choisi de nous équiper de tabourets réglables en hauteur pour que moi et mes collègues puissions être assises dès que cela est possible. Cela dépend du geste que nous avons à réaliser bien sûr.

Ce qui est important aussi pour prévenir des troubles musculo-squelettiques dorsaux c’est de s’assurer que les bacs à shampoing soient à la bonne hauteur.

J’ai donc fait installer dans mon salon des bacs à shampoing dont la hauteur se règle en fonction de la taille de la personne. Cela a le double avantage d’être à la fois plus confortable pour la clientèle, mais également pour nous puisque cela nous évite d’être trop penchées. Je suis aussi en train d’étudier la possibilité d’acheter des sèche-cheveux plus légers, ce qui pourrait limiter les risques de tendinites notamment.

 

« Le monde évolue et nous devons évoluer avec.
Aujourd’hui on assiste à une montée des tendances écologiques, bio, de produits plus responsables et plus natures. »

JDV : Depuis 30 ans que vous exercez, quelles évolutions avez-vous constatées dans votre métier ?

M.R. : Tout d’abord, j’ai observé un désamour des métiers de la coiffure ! C’est un métier de passion qui demande du temps et de l’implication, et même si ce n’est pas vrai pour toutes, les jeunes générations sont moins dévouées qu’avant à ce métier. Avant j’avais 10 appels par semaine d’apprentis qui cherchaient un contrat, aujourd’hui je n’en ai que très peu et je peine, c’est compliqué.

Le métier n’est plus valorisé, dans l’esprit de beaucoup de personnes on devient coiffeur parce qu’on n’a pas été bon à l’école. C’est pourtant une belle profession, qui donne l’occasion de faire des choses différentes tous les jours, de donner le sourire aux gens, c’est un métier artisanal dont les gens auront toujours besoin et qui, contrairement à d’autres métiers, ne connait pas le chômage.
Je constate également une évolution de la clientèle, elle change beaucoup et est moins fidèle qu’avant. Comme dans de nombreux métiers, les gens sont de moins en moins patients. Ma structure est une structure familiale et j’aime prendre le temps de chouchouter mes client(e)s ! Je rencontre parfois l’incompréhension de certaines personnes qui sont dans l’immédiateté et à qui je ne peux pas attribuer de rendez-vous.

Au niveau des produits les choses ont également beaucoup évolué en termes d’odeurs, de matières, de textures, du caractère de moins en moins agressif de ceux-ci. Je travaille avec des marques qui innovent pour répondre à de nouvelles attentes.

 

Le monde évolue et nous devons évoluer avec. Aujourd’hui on assiste à une montée des tendances écologiques, bio, de produits plus responsables et plus natures.
Par exemple, j’ai des demandes qui augmentent au niveau des colorations végétales. Comme dans l’alimentation, les gens sont attentifs aux potentiels caractères cancérigènes des produits qu’on leur applique sur la tête.
Aujourd’hui 10% de mes client(e)s environ se tournent vers les couleurs végétales. Ce sont en général des personnes qui ont une démarche responsable
dans d’autres domaines de leur vie privée (alimentation saine, sensibilité à l’écologie…)