Interview Anne-Catherine E., infirmière en EHPAD

L’Été nous rend vulnérables 

JDV : Pouvez-vous nous décrire le métier d’infirmière en EHPAD ?

A-C. : Infirmière en EHPAD c’est un métier aux multiples facettes ce qui le rend très intéressant. Il y a le côté médical où le prendre soin du résident est primordial, le côté humain est très présent aussi car nous travaillons avec une population composée de personnes démentes, grabataires ou valides, on doit s’adapter au quotidien. À côté de tout ça, il faut gérer une équipe pluridisciplinaire ainsi que les familles. Bref on ne s’ennuie pas.

     

JDV : Pourquoi avoir choisi l’EHPAD ?

A-C. : En toute sincérité ce n’était pas mon premier choix. Il y a 11 ans, une fois le diplôme obtenu, on m’a proposé un poste en gériatrie service de long séjour, j’ai accepté en me disant que je changerais plus tard. Dans le métier, la gériatrie n’a pas bonne presse (peu de gestes techniques, routine…).

Au fur et à mesure je me suis rendu compte que l’aspect humain me correspondait davantage et que le côté technique restait suffisamment présent. L’ambiance du service est importante, car il ne faut pas se le cacher, quand on côtoie au quotidien des choses difficiles telles que la mort, la souffrance, c’est très important de travailler avec des collègues qu’on apprécie. Les titulaires rattrapent souvent le boulot des autres et ont encore plus de travail.

JDV : Quelles difficultés et complexités rencontrez-vous au quotidien ?

A-C. :  La plus grande difficulté que l’on rencontre actuellement c’est le manque de moyens. J’entends par là le manque de personnel qui implique que nous travaillons souvent à flux tendu, ce qui est compliqué car nous avons face à nous des hommes et des femmes avec des besoins quotidiens qu’on ne peut pas remettre au lendemain. Il y a une chose complexe aussi c’est de savoir jusqu’à quel point s’investir émotionnellement, les résidents que nous soignons ont un passé, une histoire, un présent. On rit, on pleure parfois, on doit gérer de la violence (due à la maladie), de la grande détresse et il faut savoir les accompagner tout en restant à sa place de soignant.

JDV : Comment accueillez-vous les stagiaires, les CDD ou vos nouveaux collègues ?

A-C. : Être stagiaire en été ce n’est vraiment pas la bonne période, les équipes étant au minimum, c’est pas évident. Il est important de savoir rester à sa place d’étudiant et de ne pas se lancer tête baissée à faire des choses qu’on n’est pas sûr de savoir faire tant qu’on n’a pas été encadré. Mon conseil serait de trouver les bons moments pour poser les questions et de bien préparer son stage en amont, d’être très attentif à ce que vous transmettent les collègues, prendre des notes et surtout ne pas hésiter à poser des questions et demander de l’aide. Cela éviterait un grand nombre d’erreurs !

JDV : Pourquoi rester dans ce métier ?

A-C. : Parce que j’adore ça. Souvent quand je raconte ma journée, on me dit « moi, je pourrais pas ». Mais moi j’aime mon métier même s’il devient de plus en plus compliqué, faute de moyens humains et techniques. J’aime les responsabilitésqu’il implique, même si le rythme de vie qu’il m’impose (levée très tôt ou rentrée très tard, travail le week-end et jours fériés) n’est pas toujours évident avec une famille à gérer.
Même si ce n’est pas un métier très valorisé, j’aime prendre soin des autres, savoir que ce que je fais a un sens.



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